L'Express Dimanche - 17 June 2012
Entreprises le vert à tout prix
A L’HEURE DE RIO+20, la conscience environnementale des entreprises mauriciennes semble avoir décuplé. Opportunisme marketing ou engagement réel et durable ?
Les consommateurs mauriciens auront sans aucun doute remarqué les récents efforts d'un bon nombre d'entreprises locales sur le plan de l'écologie. Entre campagnes de sensibilisation ou de sponsoring, appels au recyclage ou sorties de logos arboricoles et feuillus, tout semble bon ces temps-ci pour reverdir son image.
La marque de surfwear Quiksilver, par exemple, vient tout juste de lancer une « green campaign » au concept innovant. Ceux qui se sont promenés le week-end dernier
à Bagatelle auront ainsi pu admirer les nouvelles décorations vertes de la vitrine de son magasin, dans lesquelles des mannequins vivants arboraient des tee-shirts aux slogans tels que « Quiksilver says there's no planet B ». Une « Dame Nature » plus vraie que nature y était aussi exposée, le corps recouvert de feuillage.
« Nous essayons de transmettre les valeurs clés de la marque, explique Kelly Wong, directrice marketing de Quiksilver Mauritius.
Au niveau international, Quiksilver a toujours milité pour la préservation marine, à travers la Quiksilver Foundation
notamment. Pour les entreprises, c'est plus qu'une obligation, de nos jours, de s'engager dans cette voie. Les gens ont plus de respect pour les firmes qui ont la fibre environnementale. »
CLIENTS ET EMPLOYÉS SENSIBILISÉS
Le filon est porteur, en effet. A tel point qu'il semble avoir touché pratiquement tous les types d'entreprises. Omnicane, par exemple, lance aujourd'hui une brochure sur les éco-gestes, en partenariat avec Holcim. Ayant pour but d'apprendre à réduire l'émission de gaz carboniques, elle sera distribuée aux enfants d'une école ZEP, qui participeront aussi à une
« zero carbon walk ». Les supermarchés Winners, eux aussi, se sont mis au vert, avec leur nouveau slogan
« Green Together, Winners Forever ». Ils ont même poussé le zèle jusqu'à ne plus proposer à leurs clients que des sachets en papier pour transporter leurs courses...
La firme Accenture n'est pas en reste: elle a décrété que le mois de juin serait un
« green month ». Exclusivement interne, cette initiative a pour but de célébrer la journée mondiale de l'environnement du 5 juin... durant un mois entier, tout en conscientisant les employés à certains impératifs écologiques. Des activités « vertes » ont donc été organisées, comme un cours sur le compostage et les mesures d'économie d'énergie et de papier à travers des gestes simples, et la projection d'un film sur les enjeux environnementaux. Des dizaines d'autres exemples d'actions écolos mises en place dans des entreprises pourraient étoffer cette liste.
Si ces initiatives sont fort louables, certains estiment toutefois qu'elles manquent de convictions.
« Il y a définitivement un effet de mode », pense Jean-Pierre Hardy, représentant de Joël De Rosnay et membre du comité Maurice Ile Durable. Selon lui, un certain nombre de ces aspirations écologiques seraient du « green
washing ». Ce terme désigne un procédé consistant à véhiculer une image verte tout en ne s'engageant que superficiellement pour le respect de l'environnement.
« UN EFFET DE MODE » PAS INUTILE
« Comme on parle beaucoup d'écologie et de développement durable ces derniers temps, certains responsables marketing y ont vu une opportunité, continue Jean-Pierre Hardy.
Malheureusement, ces positionnements marketing ne sont pas toujours suivis d'actions concrètes et durables. J’ai récemment entendu un responsable marketing proposer à un journaliste de couvrir un évènement écotouristique: une balade en quad dans une forêt. Il n'avait pas compris que l'association d'un véhicule polluant et d'arbres n'a rien d'écologique... Il y a toute une éducation à faire à ce niveau, mais cela montre tout de même qu'il y aune évolution, aussi petite soit elle. »
Jacqueline Sauzier, présidente de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), admet que
« certains positionnement écolos d'entreprises peuvent être perçus comme du marketing purs, mais elle estime que ce phénomène est le
« signe d'un changement de mentalité, du paradigm shift que l'on attend ». Selon elle, il suffit de mesurer l'impact d'une entreprise sur la société pour avoir une idée de son engagement.
Ainsi, Quiksilver sponsorise la MMCS et a installé des poubelles de recyclage dans son usine, ses bureaux et près de ses magasins. Depuis sa création, Omnicane s'est engagée activement dans le développement durable. La démarche des supermarchés Winner's, même si elle peut paraître radicale ou maladroite, démontre également une vraie intention de changer les choses. Enfin, l'initiative d' Accenture aura sans doute éveillé la conscience écologique de quelques-uns de ses employés. Les océans sont constitués de gouttes d'eau, dit-on...
Jonathan Bouic